DANS LA PAUME DU BOUDDHA

 

 

Le "Roi Singe" de Wou Tch'eng-En est une histoire classique du folklore chinois, qui a inspiré de nombreux mangas comme Dragon Ball ou Saiyuki. On y retrouve également des références dans Saint Seiya, la principale étant le passage de la "paume du Bouddha".

Lorsque sur l'Ile de la Reine de la Mort, Ikki bat les chevaliers noirs et revêt l'armure du phénix, il se proclame invincible (volume 5 pages 30 à 31). Shaka, chevalier d'or de la vierge, arrive à ce moment et lui dit ceci : "Songoku prétendait être imbattable lui aussi, il a pourtant été à la merci de Bouddha. Vous vous ressemblez...". C'est bien sûr une allusion au roman "le Roi Singe", Songoku étant le nom japonais du héros de cette fable.

 

Dans la version animée, lorsque Seiya et les autres sont confrontés à Shaka dans la maison de la vierge, Ikki quant à lui est retenu sur l'île Canon par Shiva et Agora, les disciples du chevalier d'or. A la fin de l'épisode 54, alors que le chevalier phénix est en difficulté face aux deux guerriers, la scène est représentée comme se déroulant... dans la paume de Bouddha.



 

Par la suite, lorsqu'Ikki combat Shaka dans la maison de la vierge, il tente d'échapper aux fantastiques pouvoirs de son adversaire en fuyant le plus loin possible (volume 10 pages 52 à 56). Après avoir parcouru des milliers de kilomètres, le chevalier de bronze constate avec effroi qu'il est dans la paume du Bouddha, et qu'il n'est en fait même pas sorti du temple, retenu par le pouvoir de celui qu'on appelle "l'homme le plus proche de dieu".

 

Dans la saga Hadès, Shaka utilise à nouveau "la paume du Bouddha" pour empêcher les chevaliers d'or renégats de franchir les maisons du zodiaque (volume 20, pages 24 et suivantes). Malgré le pouvoir de Saga à traverser les dimensions, lui et ses deux acolytes se retrouvent à chaque fois dans la main du Bouddha, et ne peuvent par conséquent pas sortir du temple dans lequel ils sont.

 

Toutes ces scènes s'inspirent d'un passage bien précis du "Roi Singe", dans lequel un singe ayant su développer de grands pouvoirs tient tête aux divinités du Ciel, et se retrouve ici face à Amitabha, un puissant Bouddha. En voici la retranscription :

- Veux-tu que nous fassions un pari ? dit le Bouddha. Si tu es aussi fort que tu le dis, essaie de sauter hors de la paume de ma main. Si tu y réussis, je dirais à l'Empereur de Jade de venir vivre avec moi au Paradis de l'Ouest et tu auras son trône sans autres formalités. Mais si tu ne réussis pas, tu retourneras à la terre et ta pénitence durera durant de nombreux kalpas avant que tu puisses revenir me fatiguer de tes rodomontades. Ce Bouddha, pensa notre Singe, est un parfait imbécile. Je suis capable d'un bond de cent huit mille lieues et c'est à peine si la paume de sa main mesure huit pouces en travers. Comment pourrais-je ne pas réussir à bondir hors de cette paume ? "Ainsi vous êtes absolument certain de pouvoir faire cela pour moi ?, demanda-t-il encore au Bouddha. - Evidemment, j'en suis sûr", répondit le Bouddha. Et il étendit la main droite, laquelle avait à peu près la dimension d'une feuille de lotus. Le Singe assura son gourdin derrière son oreille, et bondit de toute sa force. Parfait, se dit-il, me voici hors de la paume. Sa vitesse était telle qu'on pouvait à peine le suivre. Mais le Bouddha, qui l'observait avec l'œil de la Sagesse, vit qu'il s'agissait seulement d'une pirouette.
Le Singe, arrivé à bout de course, aperçut cinq piliers roses qui pointaient dans l'espace. Ce doit être la fin du monde, pensa-t-il. Tout ce qui me reste à faire, c'est de retourner auprès du Bouddha et de réclamer mon dû, et le trône est à moi. Mais doucement, se dit-il, il vaudrait mieux en cas de contestation que je laisse trace de mon passage ici. Il s'arracha donc un cheveu, souffla dessus un souffle magique, en disant : "Change-toi." Et le cheveu de se changer en un pinceau tout chargé d'encre épaisse. Alors, à la base du pilier central, il inscrivit : "Le Grand-Sage Egal-du-Ciel a passé par ici." Puis, en marque de mépris, il satisfit un besoin naturel au pied du premier pilier. D'un saut périlleux, il fut de retour à son point de départ. Debout sur la paume de la main du Bouddha, il déclara. "Eh bien, j'ai fait l'aller et le retour, vous pouvez aller dire à l'Empereur de Jade qu'il me remette le Palais. - Comment, puant macaque, mais tu n'as pas bougé de la paume de ma main ! - Erreur, dit le Singe, je suis allé jusqu'au bout du monde où j'ai vu cinq piliers couleur de chair, qui se dressaient en l'air. Et sur l'un d'eux j'ai inscrit quelque chose. Voulez-vous m'accompagner et que je vous le montre ? - Inutile, reprit le Bouddha, regarde seulement." Le Singe abaissa le regard furieux de ses yeux d'acier et vit qu'à la base du médius de la main du Bouddha étaient inscrits les mots : "Le Grand-Sage Egal-du-Ciel a passé par ici", et de la jointure du pouce et de l'index montait l'odeur d'une urine de singe. Il lui fallut quelque temps pour se remettre de son étonnement. A la fin : "C'est impossible, impossible, dit-il. J'ai écrit cela sur un pilier qui se dressait dans le ciel, comment cela est-il venu sur le doigt du Bouddha ? Il est en train de me leurrer avec des tours de magie. Retournons là-bas pour voir." Ah ! cher Singe, le voilà qui se ramasse... mais au moment où il allait bondir, le Bouddha s'en aperçut et le poussa par dehors la porte de l'Ouest. Et ce faisant, il changea ses cinq doigts dans les cinq éléments : le métal, le bois, l'eau, le feu et la terre ; et le tout devint une montagne à cinq sommets qu'on appela depuis le Wou-hing-chan (la Montagne des Cinq Eléments), et dont le poids maintint le Singe fermement.

 

Si vous souhaitez en savoir plus, voici un résumé de l'œuvre. Toutefois je vous conseille de lire le roman dans son intégralité, la traduction est certes très moyenne, mais il n'en perd pas toute sa valeur.

Résumé du "Roi Singe"

Au milieu d'une montagne sauvage, un singe naît d'un rocher tout rond. Après quelques années, il devient le roi des animaux de la région, et craignant de vieillir et mourir, il quitte son pays afin de devenir immortel. Il rejoint alors une école bouddhiste où il apprendra l'immortalité, ainsi que le secret de 72 transformations et comment marcher sur les nuages. Chassé par son maître à cause de son manque de disciple, il retourne dans son pays où il constitue une armée avec les animaux. Il accomplit alors divers actes qui vont le brouiller avec les instances célestes : il extorque aux rois dragons, qui règnent sur les océans, une arme extraordinaire : un gourdin qui peut s'allonger à l'infini et rétrécir de la taille d'une épingle, il efface le nom de tous les singes de sa tribu du registre des naissances et des morts, et il dérobe pêches, ambroisie et élixirs célestes qu'il consomme sans réserves. Malgré plusieurs conciliations proposées par l'Empereur de Jade, le plus haut dignitaire céleste, il provoque à chaque fois de nouveaux actes répréhensibles. Plusieurs armées célestes sont envoyées pour le capturer, mais sans succès. Finalement, un certain Eul-lang, guerrier passé maître en transformations, parvient à l'emprisonner après un long combat. Condamné à mort, le Singe résistera pourtant à tous les traitements qu'on lui fera subir, rendu invincible par toutes les nourritures divines qu'il avait subtilisées, et il en profitera pour s'échapper. Lors de sa fuite, il se retrouve face à Amitabha, le Bouddha du Paradis de l'Ouest, qui parvient à l'enfermer sous la Montagne des Cinq Eléments, où il devra rester jusqu'à ce que pénitence soit faite.

Cinq siècles plus tard, le Bouddha fait remarquer que le Chine est encore en proie aux vices les plus ignobles, et qu'il faudrait pour y remédier qu'un moine aille jusqu'en Inde pour chercher les écritures sacrées qui permettraient d'apporter la lumière à l'empire chinois. Pour cela l'Empereur de Chine choisi Hiuan Tsang, un jeune prêtre qui sera nommé Tripitaka pour la mission. Il rencontre sur son chemin le Singe, toujours prisonnier du sceau du Bouddha, qui est libéré en échange de quoi il devra escorter le moine jusqu'en Inde. Afin d'être sûr de sa fidélité, Tripitaka lui fait porter un serre-tête capable de lui infliger des souffrances atroces en cas de désobéissance. Le voyage se poursuit, et au bord d'une rivière, un dragon dévore leur cheval. En fait, ce dragon est le fils d'un des rois dragons, envoyé ici suite à une faute grave, et afin de pouvoir se racheter, on lui propose d'accompagner les voyageurs pour leur mission. Ainsi le dragon est changé en cheval blanc afin de remplacer celui qu'il a avalé. Les pèlerins rencontrent par la suite un village dans lequel un démon à l'apparence de cochon dévore toutes les denrées des villageois. Il s'agit en fait du Pourceau, un ancien employé céleste qui, suite à une faute, a été ainsi transformé et projeté sur terre. A son tour il rejoint le groupe afin d'obtenir le pardon. Plus tard, ils se retrouvent devant une rivière infranchissable, dans laquelle un démon des eaux leur bloque la route. Ce dernier est en fait Sablon, qui a été lui aussi renvoyé du ciel, et qui se joindra à la troupe.

Les quatre voyageurs rencontrent sur leur route l'esprit d'un roi mort, qui s'est fait tuer puis subtiliser sa place par un imposteur. Après quelques aventures, ils découvriront que cet imposteur est en fait un Lion d'Or, envoyé par le ciel pour punir le roi d'un vieux péché envers des moines bouddhistes. Mais l'arrivée des pèlerins signifiait la fin de sa pénitence, et grâce à leur intervention il récupère son trône. Par la suite, nos voyageurs surviennent dans un pays où trois immortels harcèlent les moines bouddhistes de la contrée. Suite à une série d'épreuves entre eux et le Singe, visant à démontrer quelle religion est la plus juste, les immortels Force-de-Tigre, Force-de-Bélier et Force-de-Cerf meurent, dévoilant alors leur vraie nature : ils n'étaient que des animaux enchantés. Vers la fin du voyage, nos héros sont confrontés sur leur chemin à un démon aquatique très puissant, le Roi Maléfique, qui emprisonne Tripitaka et compte bien le dévorer. Alors la Boddhisatva Kouan-Yin intervient et capture le démon, qui était en fait l'un de ses poissons rouges, qui s'était échappé et avait développé des pouvoirs.

Tripitaka parvient alors au paradis, royaume des Bouddhas et autres divinités. Il y reçoit les fameuses écritures, et les ramènent à l'Empereur de Chine, porté par les vents divins. Une fois les rouleaux remis à l'Empereur, il est rappelé ainsi que ses compagnons au paradis, où le Bouddha principal les élèvent chacun à un rang supérieur : le dragon cheval devient roi dragon, Sablon devient Arhat (saint), et Pourceau obtient un poste sacré au ciel. Quant à Tripitaka et au Singe, ils deviennent des Bouddhas.

 

Source : "Le singe pèlerin, ou le pèlerinage d'Occident" (parfois intitulé "Le roi singe"), de Wou Tch'eng-En (en édition de poche chez Payot).

 

Etude réalisée par Vincent, sans pseudo.

le Scribe du Sanctuaire